Mounjaro : mon retour d’expérience de nutritionniste après deux mois de traitement

J’ai testé le Mounjaro (tirzépatide) pendant deux mois, à la dose la plus basse de 2,5 mg, à raison d’une injection par semaine. Résultat : 6 kg en moins, mais aussi une baisse de ma masse musculaire malgré une alimentation cadrée et du sport quotidien, et des effets secondaires qu’il ne faut pas minimiser. Voici ce que cette expérience m’a appris, en tant que nutritionniste, sur ce que raconte réellement une perte de poids.

Isabelle Bara
Isabelle Bara Docteur en pharmacie, nutritionniste chrono-experte

Publié le : 16 septembre 2026

8,5mn de lecture

L'essentiel en 30 secondes

  • Traitement : Mounjaro (tirzépatide), 2,5 mg une fois par semaine pendant deux mois, avec une semaine d'interruption entre les deux mois
  • Poids : 6 kg perdus, dont près de 3 kg la première semaine, jusqu'à atteindre mon poids objectif
  • Composition corporelle : perte de masse musculaire, malgré la chrononutrition, des apports protéiques surveillés et une activité sportive quasi quotidienne
  • Effets secondaires : effet coupe-faim dès le lendemain, nausées matinales, un épisode de vomissements, migraines au réveil pendant près d'un mois, modification du goût
  • Mon avis : un progrès médical réel, à réserver au cadre médical prévu, et qui ne dispense pas d'apprendre à manger

Information importante : le Mounjaro est un médicament soumis à prescription médicale, réservé à la prise en charge de l'obésité ou du surpoids associé à des complications. Cette expérience a été menée sous prescription et suivi médical, dans une démarche personnelle de compréhension du traitement. Elle ne constitue ni une recommandation ni un exemple à reproduire.

Pourquoi j’ai testé le Mounjaro

Trop d’écarts récents cumulés m’avaient fait prendre du poids juste avant l’été, et ceci malgré une alimentation très contrôlée en dehors de ces écarts.

J’ai donc décidé de vivre moi-même l’expérience du Mounjaro, à la dose la plus basse, non pour en faire une recommandation, mais par réelle curiosité : comprendre ce que représente ce traitement et son intérêt potentiel par rapport à un cadrage alimentaire seul.

Tout au long du traitement, j’ai conservé mon alimentation structurée selon les principes de la chrononutrition, que je pratique depuis 20 ans.

En tant que nutritionniste, j’ai toujours été attentive à ce que raconte réellement une perte de poids : le chiffre sur la balance, bien sûr, mais aussi la masse grasse, la masse musculaire, l’alimentation, l’énergie, le rapport à la nourriture et l’amélioration de la qualité de vie en général.

Que dit la réglementation sur le Mounjaro ?

C’est un médicament délivré uniquement sous prescription médicale, dont la commercialisation en France date de novembre 2024, et qui doit faire l’objet d’une surveillance médicale.

En première intention, ce type de médicaments a été créé pour traiter le diabète de type 2, puis par la suite en traitement de l’obésité. La prescription initiale a été réservée aux spécialistes en endocrinologie-diabétologie, puis en juin 2025, la prescription s’est élargie à tous les médecins, dont les généralistes, dans le respect de l’AMM, pour traiter le diabète de type 2 et la gestion du poids.

Côté remboursement, la prise en charge par l’Assurance maladie ne concerne que des cas bien particuliers : uniquement les adultes avec un IMC initial supérieur ou égal à 35 kg/m² après échec de prise en charge nutritionnelle en complément d’une activité physique, et les personnes diabétiques, selon prescription de certains médecins habilités et création d’un dossier.

La prise en charge du traitement, en dehors de ces critères, est donc à la charge du patient : autour de 180 € la première dose de 2,5 mg pour un traitement d’un mois, ce qui a été mon cas.

Combien de kilos ai-je perdus sous Mounjaro ?

En deux mois, avec une semaine d’interruption entre les deux mois, j’ai perdu 6 kg et atteint mon poids objectif.

La première semaine a été très efficace, avec une perte de près de 3 kg. Par la suite, la vitesse s’est stabilisée, pour finir à environ 100 g tous les deux jours.

Sur le papier, le résultat pouvait sembler idéal. Mais lorsque l’on s’intéresse à la composition corporelle, l’histoire devient beaucoup plus intéressante.

Perd-on du muscle avec le Mounjaro ?

Oui, en partie. C’est probablement l’enseignement le plus important de mon expérience : j’ai constaté une diminution de ma masse musculaire, malgré une alimentation ultra contrôlée de chrono-experte et une activité sportive quasi quotidienne et variée.

Une perte de poids ne signifie pas uniquement une perte de graisse.

On parle beaucoup du poids perdu avec les médicaments de la famille des agonistes du GLP-1 et, dans le cas du Mounjaro, de l’action combinée sur les récepteurs GIP et GLP-1. Pour rappel, l’effet porte essentiellement sur la satiété et sur la résistance à l’insuline, qui peut apparaître avec l’âge.

Mais une question essentielle mérite d’être posée : qu’est-ce que l’on perd réellement lorsque le poids diminue ?

La réponse n’est pas uniquement « de la graisse ». Les études de composition corporelle montrent que la perte de poids sous tirzépatide concerne principalement la masse grasse, mais qu’une partie correspond aussi à la masse maigre. Dans une sous-étude de l’essai SURMOUNT-1 réalisée par absorptiométrie (DXA), environ 74 % du poids perdu était constitué de masse grasse et 26 % de masse maigre.

Cela ne signifie évidemment pas que toute cette masse maigre correspond à du muscle : elle comprend aussi d’autres tissus, et notamment de l’eau.

Mais cela rappelle une chose essentielle : le chiffre affiché par la balance ne suffit pas pour juger de la qualité d’une perte de poids.

Ce que j’ai fait pour protéger ma masse musculaire, et pourquoi cela n’a pas suffi

C’est ce qui m’a particulièrement interpellée : en tant que nutritionniste chrono-experte, je pensais avoir protégé ma masse musculaire. J’ai essayé de faire les choses le plus correctement possible.

  • J’ai maintenu une alimentation structurée, en veillant à conserver des apports protéiques suffisants.
  • J’ai pratiqué la chrononutrition autant que possible, avec une bonne dose de protéines animales à chaque repas, ce qui était parfois difficile avec les nausées.
  • J’ai pris des compléments alimentaires : multivitamines, acides aminés essentiels, oméga 3 et probiotiques.
  • Et surtout, j’ai fait du sport tous les jours.

Malgré toutes ces précautions, ma masse musculaire a diminué.

Quels effets secondaires ai-je ressentis ?

Les effets secondaires sont une réalité que l’on ne doit pas minimiser. Ils sont a priori fréquents, même s’ils ne touchent pas tous les patients traités.

Un effet coupe-faim immédiat, puis des nausées

Dès le lendemain de la première injection, j’ai senti un effet coupe-faim important. J’ai eu beaucoup de nausées, surtout intenses le matin et jusqu’en début d’après-midi, ainsi qu’un épisode de vomissements une nuit.

Lorsque l’on est nauséeux, la question n’est plus seulement « qu’est-ce qu’il est bon que je mange ? », mais « qu’est-ce que mon organisme accepte réellement de manger aujourd’hui ? ».

La diminution de l’appétit peut être recherchée dans le cadre de la prise en charge du poids. Mais lorsqu’elle s’accompagne de nausées importantes ou de vomissements, l’alimentation devient rapidement plus compliquée.

Des migraines au réveil

Des séries de migraines au réveil sont apparues, pendant près d’un mois. Il faut dire que j’ai un terrain migraineux et que je suis sensible aux crises.

Un goût qui change

J’ai aussi remarqué que mes goûts avaient changé. Je n’étais pas très « bec sucré » au départ, et je ne consomme que rarement des aliments sucrés, à part un fruit au goûter. Mais une aversion pour le sucre est apparue, au point que même les amandes m’écœuraient. J’ai trouvé refuge dans les graines de courge pour mon goûter.

Certains aliments familiers sont devenus trop salés : mes boîtes de thon habituelles ou certains fruits de mer me semblaient presque immangeables. À l’inverse, une attirance spontanée pour les aliments plus frais, salades, crudités, viandes blanches, m’a accompagnée tout l’été. La salade César est devenue ma meilleure alliée.

Ces changements peuvent avoir des conséquences sur les apports en protéines, en énergie et en micronutriments, et donc indirectement sur la préservation de la masse musculaire et sur l’état général. C’est un aspect que je trouve essentiel à rappeler lorsque l’on parle de ces traitements.

Le Mounjaro est-il un bon traitement pour perdre du poids ?

Mon expérience personnelle n’est pas une recommandation médicale, même si je reconnais que ce traitement peut « débloquer » des situations de paliers ou de résistances à la perte de poids liées à la résistance à l’insuline.

Je reste convaincue que cette nouvelle classe de médicaments est un progrès médical important, voire révolutionnaire, pour lutter contre l’obésité de façon non chirurgicale.

Mais le Mounjaro et ses analogues sont des médicaments, qui doivent être utilisés dans un cadre médical approprié, avec une évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque.

Ces traitements doivent s’accompagner d’un suivi nutritionnel encadré, avec des apports optimisés, idéalement selon les principes de la chrononutrition et de la micronutrition. Savoir identifier les compléments alimentaires nécessaires pour éviter toute carence en micronutriments me semble également indispensable, surtout si le traitement est prescrit pour plusieurs mois.

Comment ne pas reprendre le poids après l’arrêt du Mounjaro ?

C’est la vraie question. Après la fin du traitement, les nausées ont heureusement disparu, et la faim est revenue pratiquement à la normale.

Maintenir le résultat demande des connaissances, des habitudes et une véritable autonomie alimentaire. Cette deuxième phase commence pour moi, et je suis plus motivée que jamais à ne pas me laisser envahir par les écarts.

Si l’on n’a pas appris à manger sainement, à reconnaître les bons aliments, à structurer ses repas et à comprendre ses besoins, le risque après l’arrêt est de revenir progressivement aux anciennes habitudes et de reprendre le poids perdu, voire davantage par effet rebond.

Quoi manger, quand manger, en quelle quantité, comment choisir ses aliments, et surtout comment continuer à manger ainsi lorsque le traitement n’est plus là : c’est la priorité.

Ce que je retiens de cette expérience

Dans mon approche de nutritionniste, comme pour toute recherche de perte de poids, il est essentiel d’être accompagné par un apprentissage nutritionnel, idéalement quelques semaines, voire quelques mois, avant le traitement.

Cet apprentissage pourrait d’ailleurs suffire à perdre ses kilos en trop, sans les effets secondaires du Mounjaro.

L’objectif, ce n’est pas seulement de perdre du poids. C’est surtout de ne pas avoir besoin de le reperdre.

Questions fréquentes

Le Mounjaro fait-il perdre du muscle ? +

En partie, oui. Les données de l'essai SURMOUNT-1 indiquent qu'environ un quart du poids perdu sous tirzépatide correspond à de la masse maigre (muscle, eau et autres tissus). Des apports protéiques suffisants et une activité physique régulière limitent cette perte, sans toujours l'empêcher, comme je l'ai constaté moi-même.

Quels sont les effets secondaires les plus fréquents du Mounjaro ? +

Les troubles digestifs sont les plus fréquents : nausées, vomissements, diarrhée ou constipation, surtout en début de traitement et à chaque augmentation de dose. J'ai personnellement eu des nausées matinales, un épisode de vomissements, des migraines et une modification du goût.

Reprend-on du poids après l'arrêt du Mounjaro ? +

Le risque existe, car l'appétit revient à la normale une fois le traitement arrêté. Le maintien dépend surtout de ce que l'on a appris pendant le traitement : structure des repas, choix des aliments, quantités adaptées à ses besoins.

Peut-on suivre la chrononutrition pendant un traitement par Mounjaro ? +

Oui, et c'est même un atout pour préserver les apports en protéines et en micronutriments. Les nausées peuvent toutefois me compliquer certains repas, d'où l'intérêt d'un suivi nutritionnel adapté.

Sources

  1. Jastreboff AM et al., Tirzepatide once weekly for the treatment of obesity, New England Journal of Medicine, 2022 (essai SURMOUNT-1)
  2. A Study of Tirzepatide (LY3298176) in Participants With Obesity or Overweight, ClinicalTrials.gov, NCT04184622 (dont sous-étude de composition corporelle par DXA)
  3. ANSM, informations sur le bon usage des analogues du GLP-1 [lien à ajouter]
Isabelle Bara

À propos d'Isabelle Bara

Docteur en pharmacie et ancienne directrice de recherche, Isabelle Bara est nutritionniste chrono-experte certifiée par le Dr Alain Delabos. Elle accompagne ses patients en chrononutrition, morphonutrition et micronutrition depuis plus de 20 ans, en cabinet à Paris et au Bourget ou en visio.

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