Yeux secs : quelle alimentation et quels compléments peuvent aider ?
La sécheresse oculaire touche des millions de Français. Écrans, climatisation, âge, lentilles de contact, certains traitements et certains actes chirurgicaux des yeux : les causes sont multiples. Si les larmes artificielles restent le réflexe le plus courant, on oublie souvent qu’une partie de la solution peut aussi se trouver dans l’assiette. Oméga-3, oméga-7 de l’huile d’argousier, vitamines, sels minéraux : voici ce que disent les études, et les aliments à mettre au menu, en complément du suivi ophtalmologique.

L'essentiel en 30 secondes
- Les yeux secs traduisent le plus souvent une instabilité du film lacrymal, aggravée par les écrans, l'âge, la climatisation ou certains traitements
- Les oméga-3 participent à la qualité de la couche lipidique des larmes ; sur la supplémentation seule, les études montrent des résultats contrastés
- L'huile d'argousier, riche en oméga-7, a montré des effets sur l'osmolarité du film lacrymal et sur les symptômes, à raison de 2 g par jour pendant 3 mois
- Piste émergente : un microbiote intestinal équilibré, nourri de fibres variées (sources de butyrate), pourrait participer à la régulation de l'inflammation de la surface oculaire
- Vitamines A, C, E, zinc et bonne hydratation participent à la santé de la surface de l'œil
- L'alimentation complète le suivi ophtalmologique, elle ne le remplace jamais
- 1. Pourquoi a-t-on les yeux secs ?
- 2. Quelles sont les conséquences d'un œil sec ?
- 3. Yeux secs : quels premiers gestes adopter ?
- 4. Quel lien entre alimentation et sécheresse oculaire ?
- 5. L'huile d'argousier et les oméga-7, la piste à connaître
- 6. Le microbiote au secours des yeux secs ?
- 7. Quelles vitamines et quels minéraux pour les yeux ?
- 8. Les 8 aliments à mettre au menu pour vos yeux
- 9. Faut-il prendre des compléments alimentaires pour les yeux secs ?
- 10. Ce qu'il y a à retenir pour lutter contre les yeux secs
Sécheresse oculaire : mon parcours personnel
Avant de chercher à comprendre la sécheresse oculaire, je l'ai d'abord vécue. Et je peux parler d'un véritable parcours du combattant. J'ai essayé les différentes techniques de pointe proposées en ophtalmologie, exploré les solutions disponibles et, parallèlement, mené mes propres recherches sur l'alimentation, les micronutriments et les compléments alimentaires susceptibles de soutenir le confort et la santé de la surface oculaire.
Je n'ai pas trouvé de solution miracle. J'ai avancé par essais, ajustements et surtout avec beaucoup de persévérance. Peu à peu, j'ai compris que c'était probablement la combinaison des approches qui pouvait faire la différence : les soins ophtalmologiques, l'hygiène de vie, une alimentation adaptée et une micronutrition réfléchie.
Les résultats que j'ai finalement obtenus ont été suffisamment importants pour étonner les ophtalmologistes qui me suivent, aussi bien à l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris qu'au centre ophtalmologique de Barbizon. Leur étonnement a renforcé mon envie de comprendre ce qui avait pu contribuer à cette évolution et, surtout, de partager cette expérience. Car si chaque sécheresse oculaire est différente, mon parcours m'a appris une chose : il peut être pertinent de regarder l'œil, mais aussi ce qui se passe autour de l'œil, et parfois dans l'assiette.

Pourquoi a-t-on les yeux secs ?
Nos larmes ne sont pas un simple film d’eau. Elles forment un film lacrymal composé de trois couches : une couche de mucus au contact de l’œil, une couche aqueuse au milieu, et une fine couche lipidique en surface, qui empêche l’évaporation. Quand cette mécanique se dérègle, l’œil devient sec, rouge, irrité : soit parce que la production de larmes diminue, soit parce qu’elles s’évaporent trop vite, lorsque les glandes dites de Meibomius, qui fabriquent la substance lipidique de la couche externe du film lacrymal et empêchent cette évaporation, fonctionnent moins bien.
Les causes sont nombreuses et souvent cumulées : le temps passé devant les écrans, qui réduit la fréquence du clignement, l’âge et les changements hormonaux, notamment à la ménopause, l’air sec, la climatisation et le chauffage, le port de lentilles de contact, et certains médicaments comme les antihistaminiques ou certains antidépresseurs.
Quelles sont les conséquences d’un œil sec ?
Brûlures, picotements, sensation de grain de sable, paupières qui collent le matin, vision qui se trouble par moments, fatigue visuelle en fin de journée, chalazion : la sécheresse oculaire dégrade le confort au quotidien. À terme, un film lacrymal de mauvaise qualité entretient une inflammation de la surface de l’œil, qui elle-même aggrave la sécheresse. C’est ce cercle qu’il faut chercher à casser, avec son ophtalmologue d’abord, et par son hygiène de vie ensuite.
Yeux secs : quels premiers gestes adopter ?
Les premiers gestes sont simples : faire des pauses régulières devant les écrans et penser à cligner des yeux, humidifier l’air intérieur, protéger ses yeux du vent et du soleil, appliquer des compresses tièdes sur les paupières, masser les paupières pour activer les glandes de Meibomius et adopter une bonne hygiène des paupières. Les larmes artificielles, conseillées par votre ophtalmologue ou votre pharmacien, restent le traitement de première intention.
Quel lien entre alimentation et sécheresse oculaire ?
La couche lipidique du film lacrymal est produite par les glandes de Meibomius, situées dans les paupières. Or la qualité des lipides que ces glandes fabriquent dépend en partie des graisses que nous consommons. C’est là que les oméga-3 entrent en jeu : ces acides gras, contenus dans les poissons gras, les noix ou les graines de lin, ont des propriétés anti-inflammatoires et participent à la qualité de cette couche protectrice.
Que disent les études ? Les résultats sont contrastés, et il faut le dire honnêtement. Le grand essai clinique DREAM [1], mené avec 3 g d’oméga-3 par jour pendant un an, n’a pas montré de bénéfice supérieur au placebo sur les symptômes. La revue Cochrane [2], qui compile 34 essais, conclut à des preuves incertaines : peu d’effet démontré des gélules prises isolément, mais une amélioration de certains signes cliniques, en particulier lorsque les oméga-3 accompagnent les traitements classiques. D’autres travaux suggèrent que la consommation d’aliments riches en oméga-3 serait plus intéressante que la supplémentation seule. C’est toute la logique de la micronutrition : l’alimentation dans son ensemble compte davantage qu’une gélule isolée.
L’huile d’argousier et les oméga-7, la piste à connaître
Moins connue que les oméga-3, l’huile d’argousier mérite l’attention. Cette petite baie orange est l’une des rares sources naturelles d’oméga-7 (acide palmitoléique), que l’on trouve aussi en petite quantité dans les noix de macadamia et les avocats, et elle concentre des oméga-3, des oméga-6, des caroténoïdes et de la vitamine E, qui participent à la santé des muqueuses, dont la surface de l’œil.
Une étude finlandaise en double aveugle contre placebo [3] a montré que la prise de 2 g d’huile d’argousier par jour pendant 3 mois atténuait l’augmentation de l’osmolarité du film lacrymal pendant la saison froide et améliorait certains symptômes, comme les rougeurs et les brûlures. D’autres travaux de la même équipe [4] suggèrent que cet effet ne passe pas par une modification directe des lipides des larmes, mais plutôt par l’action combinée de plusieurs composants de l’huile sur l’inflammation et sur les glandes des paupières.

Le microbiote au secours des yeux secs ?
Et si la santé de nos yeux passait aussi par notre intestin ? Le microbiote intestinal produit notamment du butyrate, un acide gras à chaîne courte issu de la fermentation des fibres alimentaires. Le butyrate participe au maintien de la barrière intestinale et à la régulation de certaines réponses inflammatoires.
Des recherches récentes s’intéressent à l’axe intestin-œil et suggèrent qu’un microbiote équilibré pourrait contribuer à une meilleure régulation de l’inflammation impliquée dans certaines atteintes de la surface oculaire [5-9]. La recherche sur ce point en est encore à ses débuts, mais elle ouvre une piste prometteuse. Une fois de plus, il s’agit de renforcer les différentes approches de traitement de la surface oculaire : les traitements physiques, l’approche médicamenteuse et les différentes approches nutritionnelles citées.
Pour favoriser naturellement la production de butyrate par le microbiote, misez sur des fibres variées : légumes comme l’artichaut, le poireau, l’oignon, les asperges, le chou-fleur ou les brocolis, fruits, légumineuses, avoine, orge, noix et amandes. Il est aussi tout à fait envisageable de renforcer l’efficacité du microbiote en prenant directement du butyrate en gélules, en complément alimentaire.
Quelles vitamines et quels minéraux pour les yeux ?
La vitamine A est indispensable au bon état de la cornée et des muqueuses : on la trouve dans le foie, les œufs, le beurre et, sous forme de bêta-carotène, dans les végétaux comme les carottes, la patate douce, les épinards ou les mangues. Les vitamines C et E, antioxydantes, protègent les tissus de l’œil : goyave, agrumes, poivrons et kiwis pour la première, huiles végétales, amandes et avocat pour la seconde. Le zinc, présent dans les huîtres et autres fruits de mer, la viande et les graines oléagineuses, participe au transport de la vitamine A.
Les 8 aliments à mettre au menu pour vos yeux
- Les poissons gras : sardines, maquereaux, saumon, harengs, foie de morue, deux à trois fois par semaine, pour leurs oméga-3 EPA et DHA.
- Les noix : noix de Grenoble, noix du Brésil, noix de macadamia : une petite poignée par jour, au goûter par exemple.
- Les huiles : colza, noix, caméline, en assaisonnement d’une salade, sources végétales d’oméga-3.
- Les œufs : pour la vitamine A, la lutéine et la zéaxanthine, précieuses pour la rétine.
- Les carottes et la patate douce : pour le bêta-carotène, précurseur de la vitamine A.
- Goyave, fraise, agrumes et kiwi : pour la vitamine C, avec les antioxydants des fruits rouges comme les myrtilles, les mûres et les framboises.
- Les fibres fermentescibles : artichaut, poireau, oignon, asperges, chou-fleur, brocolis, légumineuses, avoine, orge : elles nourrissent le microbiote qui produit le butyrate.
- L’eau : tout simplement, tout au long de la journée.
L’alimentation ne remplace ni les larmes artificielles ni le suivi ophtalmologique. En cas de sécheresse persistante, de douleur ou de baisse de vision, consultez votre ophtalmologue : la sécheresse oculaire peut aussi révéler une pathologie qui nécessite un traitement spécifique.
Faut-il prendre des compléments alimentaires pour les yeux secs ?
Ils peuvent avoir leur place, en complément d’une alimentation adaptée et jamais à sa place. Encore faut-il bien les choisir : la qualité des huiles, le dosage réel en EPA, DHA, oméga-3 ou oméga-7 varient énormément d’un produit à l’autre. Des compléments riches en antioxydants peuvent aussi être utiles lorsque l’alimentation est déséquilibrée. C’est précisément le rôle d’un bilan micronutritionnel : identifier vos besoins réels, choisir les bons produits aux bons dosages, et éviter d’empiler des gélules inutiles. Votre micronutritionniste est là pour ça.
Ce qu’il y a à retenir pour lutter contre les yeux secs.
Les yeux secs ne se traitent pas que par des gouttes. Une assiette riche en oméga-3, la piste originale de l’huile d’argousier et ses oméga-7, un microbiote bien nourri, les bonnes vitamines et une hydratation suffisante participent à la qualité du film lacrymal, en complément des gestes simples et du suivi ophtalmologique. Et comme toujours en micronutrition, c’est l’observance et le timing qui font le résultat : savoir quoi manger, à quel moment, et en quelle quantité.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur complément alimentaire pour les yeux secs ? +
Il n'existe pas de complément miracle unique. Les pistes les plus étudiées sont les oméga-3 (EPA et DHA) et l'huile d'argousier, riche en oméga-7, testée à 2 g par jour pendant 3 mois dans les études. Le bon choix dépend de votre alimentation actuelle et de vos besoins réels, à évaluer avec un professionnel, en complément de l'avis de votre ophtalmologue.
Les oméga-3 sont-ils efficaces contre la sécheresse oculaire ? +
Les études sont contrastées : la supplémentation seule n'a pas fait mieux que le placebo dans le grand essai DREAM, mais certains signes cliniques s'améliorent, surtout en association aux traitements classiques. Une alimentation régulièrement riche en oméga-3 (poissons gras, noix, lin) reste recommandée pour la qualité du film lacrymal.
Qu'est-ce que l'huile d'argousier et que peut-elle apporter aux yeux ? +
L'argousier est une baie orange dont l'huile est l'une des rares sources naturelles d'oméga-7, associés à des oméga-3, des caroténoïdes et de la vitamine E. Une étude en double aveugle a montré qu'une prise de 2 g par jour pendant 3 mois atténuait l'osmolarité du film lacrymal et certains symptômes de l'œil sec, comme les rougeurs et les brûlures.
Comment hydrater les yeux secs naturellement ? +
En combinant les gestes simples (pauses d'écran, clignements volontaires, compresses tièdes, air humidifié) et une alimentation qui soutient le film lacrymal : poissons gras, noix, graines de lin, fruits et légumes colorés, et une bonne hydratation tout au long de la journée. Les larmes artificielles restent le complément de première intention.
Le microbiote intestinal joue-t-il un rôle dans la sécheresse oculaire ? +
Des recherches récentes sur l'axe intestin-œil suggèrent qu'un microbiote équilibré, qui produit du butyrate à partir des fibres alimentaires, pourrait participer à la régulation de l'inflammation de la surface oculaire. Ces travaux sont encore préliminaires : une alimentation riche en fibres variées reste le moyen simple d'en tirer parti, avec si besoin un accompagnement micronutritionnel.
Sources
- Dry Eye Assessment and Management Study Research Group, n-3 fatty acid supplementation for the treatment of dry eye disease, New England Journal of Medicine, 2018
- Downie LE et al., Omega-3 and omega-6 polyunsaturated fatty acid supplementation for dry eye disease, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019
- Larmo PS et al., Oral sea buckthorn oil attenuates tear film osmolarity and symptoms in individuals with dry eye, Journal of Nutrition, 2010
- Järvinen RL et al., Effects of oral sea buckthorn oil on tear film fatty acids in individuals with dry eye, Cornea, 2011
- Schaefer L et al., Gut-derived butyrate suppresses ocular surface inflammation, Scientific Reports, 2022
- Moon J et al., Gut dysbiosis is prevailing in Sjögren's syndrome and is related to dry eye severity, PLOS ONE, 2020
- Watane A et al., Microbiome and immune-mediated dry eye: a review, BMJ Open Ophthalmology, 2022
- Tavakoli A et al., The impact of probiotics and prebiotics on dry eye disease signs and symptoms, Journal of Clinical Medicine, 2022
- Naqvi M et al., Culture- and non-culture-based approaches reveal unique features of the ocular microbiome in dry eye patients, Ocular Surface, 2024

À propos d'Isabelle Bara
Docteur en pharmacie et ancienne directrice de recherche, Isabelle Bara est nutritionniste chrono-experte certifiée par le Dr Alain Delabos. Elle accompagne ses patients en chrononutrition, morphonutrition et micronutrition depuis plus de 20 ans, en cabinet à Paris et au Bourget ou en visio.
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